Suite à une demande, via un réseau professionnel, d’une personne qui souhaite se lancer dans les métiers de la culture et qui me demandait des information sur comment devenir « médiateur culturel », je suis tombé sur un article très intéressant de Jacqueline de Linares paru dans le Nouvel Observateur.
Intitulé « Je serai médiateur culturel », daté de 2001, l’article toujours d’actualité, évoque l’engouement de milliers de jeunes qui souhaitent se lancer dans les métiers de la culture. Face à cette demande croissante et face au développement de l’action culturelle des collectivités locales, les formations se multiplient et les dénominations aussi : on propose de la médiation, de l’ingénierie ou de la gestion culturelle, du développement, de la direction ou du management de projets,… Parfois, sont mêmes ajoutées quelques spécificités, comme la communication, le multimédia ou les relations internationales…
Comme le souligne l’auteure, du nord au sud de la France, près d’une vingtaine d’universités proposent des Licence 2 (diplôme de niveau bac +2) de « médiation culturelle et communication ». Dans nombre d’universités on peut préparer des licences et des maîtrises de « conception et mise en œuvre de projets culturels ». Dans tout l’Hexagone, d’Arras à Grenoble en passant par Evry, des IUP (instituts universitaires professionnalisés) préparent à des licences et des maîtrises professionnalisées ; ainsi que les Master 2 professionnels (anciennement DESS) des formations de plus en plus sélectives à bac +5. Ce qui ressort de cet engouement est que cette abondance d’offres de formations culturelles à l’université est réalisée « sans cohérence au niveau national », (propos d’Isabelle Mathieu, chargée de mission à Art+Université+Culture, une association qui recense toutes les formations à la gestion et à la médiation culturelles). D’autant plus qu’en parallèle, existent de nombreuses formations privés, alléchantes mais coûteuses.
Diplôme en poche, il reste maintenant à trouver un emploi. Et c’est souvent là que le bâts blesse. Premièrement, « les débouchés sont essentiellement offerts par le secteur non marchand, associations et municipalités. Du coup, la précarité, des salaires non adaptés et les CDD sont souvent le lot des diplômés après de longs parcours universitaires. Pire : les municipalités ne sont légalement pas censées faire travailler durablement des précaires. Et les jeunes, souhaitant stabiliser leur emploi dans les collectivités locales, doivent tôt ou tard se présenter aux concours de la fonction publique », ajoute l’auteure. Et surtout, les débouchés sont rares et les candidatures sur un même poste extrêmement nombreuses.
Toujours en citant l’article, il n’est pas certain que pour travailler dans la culture il faille s’orienter très tôt vers des études de « médiation culturelle ». En revanche, une forte culture artistique personnelle, pas nécessairement acquise à l’université, est indispensable. Les formations étant de plus en plus prisées, cet atout peut évidemment faire la différence lors de l’étude des candidatures. Des stages, des actions de bénévolat, des initiatives personnelles dans des associations sont un atout non négligeable. Les statistiques montrent que les étudiants admis dans les filières professionnalisantes des métiers de la culture – IUP et Master 2 – ne viennent pas en majorité des Licences de « médiation culturelle et communication » mais de toutes les filières littéraires et sciences humaines des universités, des instituts d’études politiques, des écoles de commerce ou des formations à la gestion.
Le manque de débouchés et de réalité professionnelle des études en sciences humaines peuvent peut-être aussi expliquer cette réorientation vers des formations plus professionnelles liées aux métiers de la culture.
Selon l’auteure, « sortir d’un Master 2 professionnel ou avoir décroché une maîtrise dans un IUP sont les meilleurs moyens de trouver un poste ». L’exemple repris est celui des diplômés du très sélectif Master 2 professionnel de l’Arsec (Agence Rhône-Alpes de Services aux Entreprises culturelles) – Lyon II – qui offrent un formidable échantillon de postes dans la culture, responsables de relations publiques de théâtres, chefs de projet dans des centres culturels ou chargés de communication de lieux culturels. A nuancer, évidemment en prenant par exemple des formations « plus standards ».
Pour revenir aux emplois proposés, les universitaires responsables des filières culturelles déplorent unanimement que beaucoup de diplômés titulaires de licences, maîtrises et même Master 2 professionnels se trouvent en emplois « précaires », emplois-tremplins, voire même CAE. Évidemment, « c’est toujours mieux que rien » pourrait-on se dire lorsque l’on sort de formation ou lorsque l’on cherche un travail depuis longtemps… mais ce n’est pas suffisant ou satisfaisant.
Sur la durée des contrats, l’opinion est plus ambiguë. A leur sortie de fac, beaucoup de jeunes enchaînent les CDD dans ce secteur qui s’y prête dans l’objectif de se forger une expérience de terrain plus solide. Est-ce que cela fonctionne pour trouver un emploi stable ? La question reste posée. Personnellement, est-ce que mes différentes expériences de 6 mois m’ont enfin permises de trouver l’emploi où je suis aujourd’hui… Rien n’est moins sûr.
Autre élément souvent peu connu des jeunes diplômés, est qu’au sein des collectivités locales, pour sortir de la précarité, il faut passer les concours de la fonction publique, notamment ceux de la fonction publique territoriale. En effet, les municipalités ne sont pas censées employer durablement des contractuels. Il faut donc tous les ans « re-postuler » en craignant d’être évincé « légalement » en cas de problème. C’est donc parfois une question de survie. Problème : pour le moment, il n’existe des concours que pour les postes de conservateurs, attachés de conservation, avec une option médiation culturelle, assistants du patrimoine, métiers des bibliothèques et animateurs socioculturels. Pour les autres emplois de la culture, pas de concours, pas de statut. Certains en sont réduits à passer les concours administratifs qui ne correspondent pas particulièrement à leur métier. Et sont obligés de se mettre à des matières totalement inconnues d’eux, comme la comptabilité ou le droit des collectivités locales.
Transition toute trouvée avec le dernier argument avancé par l’auteure. selon elle, pour travailler dans la culture, il faut à la fois un engagement personnel dans les arts ou la conservation du patrimoine, mais aussi passer par des matières qui n’ont rien à voir. Comptabilité des collectivités locales, gestion, informatique, multimédia sont des matières indispensables pour faire de la médiation ou de l’ingénierie culturelles. Parce que la culture, qu’on le déplore ou pas, est de plus en plus soumise à des logiques économiques. Les portes ne sont donc pas fermées pour les diplômés en économie, droit ou grandes écoles. Selon elle, « pour travailler durablement dans la culture, si l’on n’est pas soi-même un artiste ou un créateur, il faut passer par des disciplines pas du tout culturelles ». Là encore, le débat est ouvert…
Picto Conseil

